A chaque nouvelle question qu’on lui pose la lunette répond par une innovation. Et cela fait des siècles que ça dure ! 

L’histoire de la lunettes mérite d’être racontée…

Le verre est le plus ancien matériau de synthèse. Néron, à qui l’on doit les premières verreries romaines et qui régna de 54 à 68, avait l’habitude d’observer le monde à travers une émeraude pour corriger sa myopie. 

Il faut cependant attendre la fin du 13e siècle pour voir se répandre l’usage des premières lunettes. Sans branches, elles reposent uniquement sur le nez.  

Erudit originaire d’Oxford, Robert Grosseteste étudie la couleur, travaille sur les lentilles et les miroirs ; et défend le postulat selon lequel l’expérience est à la base de toute science. Et l’optique, naturellement, devient l’élément central de cette nouvelle soif de connaissances empiriques.  

Son disciple, Roger Bacon (1214-1294), répand l’usage de cette trouvaille récente, les lunettes, qu’on appelle alors « bésicles ». Il en assure efficacement la promotion auprès du Vatican et de la Chrétienté, comme complément nécessaire à la panoplie humaniste, au même titre que la plume, l’encrier, la bougie, le manuscrit.  

A travers le microscope et le télescope, les savants découvrent un monde que l’on ne connaissait pas. Les spéculations métaphysiques laissent place à la preuve physique. 

En 1508, voici Léonard de Vinci qui écrit « Le Codex de l’œil », traité dans lequel il énonce pratiquement le principe des lentilles de contact ; théorie que rependra Descartes en 1686 dans « La Dioptrique ».  

L’optique, décidément, est affaire de philosophes.  Chez Spinoza, optique et philosophie font bon ménage. En marge d’une communauté qui ne manifeste guère de tolérance à l’égard de sa liberté de pensée, l’auteur de « L’Ethique » gagne sa vie en polissant des verres de lunettes. Le métier, décidément, mène à tout… 

Progressivement la connaissance n’est plus réservée à quelques cercles savants ; si elle devient plus accessible, c’est bien entendu grâce à l’invention de l’imprimerie au cours du XVe siècle, mais aussi grâce aux lunettes qui, comme le livre, sont un formidable vecteur de propagation des savoirs. En cela les lunettes constituent un « objet humaniste ».